ACOUPHENES D’INSTALLATION RECENTE : y a-t-il urgence ?
Aucun avis donné sur un site internet, y compris sur ce site, ne saurait se substituer à une consultation médicale qui seule permettra de prodiguer les conseils individuels adéquats.
Quel médecin consulter ?
Dans le cadre du parcours coordonné de soins il est recommandé de consulter son médecin traitant. Un spécialiste ORL évaluera le caractère urgent ou non de la recherche de la cause de l’acouphène et de son traitement. S’adresser immédiatement, et pour ce seul motif, aux services d’urgence des hôpitaux de secteur, est généralement de peu de secours, à moins qu’ils ne disposent d’un consultant ORL d’astreinte. Il n’existe, par ailleurs, aucune structure d’accueil d’urgence spécifique aux acouphènes.
Quand consulter ?
Le diagnostic et le traitement de la pathologie causale seront d’autant mieux réalisés que l’examen sera réalisé précocement. Cependant cette notion de rapidité du de la prise en charge doit être relativisée. En effet, en général, pour les pathologies les plus fréquemment en cause, aucune donnée scientifique disponible ne vient étayer l’hypothèse qu’il existe un bénéfice clinique à traiter « immédiatement » après l’installation de l’acouphène avec les médicaments conventionnels (corticoïdes et vasodilatateurs). On ne peut donc, en l’état des données validées, considérer comme une « perte de chance » le fait de ne pas avoir reçu de traitement « immédiat ». Il est conseillé de consulter rapidement mais avec une « urgence relative » : dans les 24 à 48 heures.
En résumé : Dans les 48 premières heures s’adresser au professionnel de santé le mieux à même de répondre aux interrogations du patient, médecin traitant ou ORL, sauf si baisse significative de l’audition, vertiges violents et/ou maux de tête intenses : ici l’avis d’un urgentiste peut être nécessaire.
En tout état de cause, le traitement des causes qui constituent des urgences ORL ne permet pas toujours d’empêcher l’acouphène de persister et de devenir chronique. Cependant, même dans ce cas l’évolution spontanée est d’aller vers une atténuation de la perception de l’acouphène et une tolérance naturelle dans la grande majorité des cas.
Quels examens complémentaires ?
Aucune étude, à ce jour, n’a permis d’établir de manière incontestable une démarche standardisée, en grande partie parce que les causes sont multiples et que c’est d’abord vers la recherche des causes nécessitant un traitement médical ou chirurgical que se porte l’attention des médecins. Autrement dit : on va plus s’intéresser à la cause de l’acouphène qu’à l’acouphène lui-même.
Le seul examen complémentaire qui semble indispensable est l’Audiogramme. Les autres examens (radios, bilan sanguin…) ne sont jamais systématiques et ne seront réalisés qu’en fonction du contexte clinique. Le médecin consulté est seul en mesure d’apprécier l’utilité de leur prescription.
A signaler : il n’existe aucun examen permettant de mesurer l’acouphène et/ou de localiser sa production, en dehors de procédés lourds et coûteux utilisés pour la recherche. On réalise parfois une « acouphénométrie » qui est une évaluation subjective, plus ou moins précise, de ce qui est perçu, au moyen de comparaison à des sons. Cette évaluation psycho-acoustique est cependant de peu d’utilité au plan thérapeutique pratique.
La recherche, au moyen d’examens, et la résolution de la cause de l’acouphène ne suppriment pas toujours l’acouphène, lequel peut parfois persister alors que la cause est éventuellement guérie.
Quel traitements ?
Aucun traitement n’est actuellement capable de guérir un acouphène. Tout ce qui est prescrit sert à corriger ou guérir les causes ou les conséquences de l’acouphène.
La démarche la plus couramment admise est de proposer un traitement anti-inflammatoire (corticoïde) et vasodilatateur éventuellement associés à des médicaments anxiolytiques ou somnifères. Le traitement par les corticoïdes justifie une évaluation attentive du rapport bénéfices /risques, notamment en raison des effets indésirables en termes de majoration du stress, de nature à amplifier la perception de l’acouphène ou son intolérance. Le traitement intra-veineux tout comme les traitements intra tympaniques (injection dans l’oreille moyenne ou interne) n’ont pas montré leur supériorité par rapport au traitement oral. L’oxygénothérapie hyperbare, potentiellement dangereuse (risque de baro-traumatisme), est encore l’objet de controverses quant à l’intérêt et aux modalités de son utilisation.
L’attitude des médecins face au traitement de l’acouphène pourrait être modifiée dans les années futures avec la mise à disposition de nouvelles molécules qui sont encore au stade de développement expérimental.
Subir ou agir ?
Qui dit acouphène ne dit pas obligatoirement gêne persistante. Lorsque l’acouphène est gênant, il convient, après avoir consulté, de ne pas aggraver la situation. Deux comportements sont à proscrire : s’isoler du bruit et prendre des risques auditifs inutiles. Une précaution à prendre : limiter le stress.
S’isoler du bruit au prétexte que certaines situations sonores se traduisent par une majoration de la perception, c’est confondre le général (n’importe quel bruit) et le particulier (cette situation). Il convient de maintenir un environnement sonore faible et, de préférence, agréable, surtout dans les environnements habituellement silencieux.
D’un autre côté, ne pas tenir compte d’un acouphène secondaire à un traumatisme sonore (explosion à proximité immédiate ou type AZF), accident de plongée, ou choc crânien, par exemple, acouphène devenu continu, persistant après une demi-journée ne serait pas une bonne chose. Il vaut mieux alors éviter de se placer dans un environnement très bruyant, type concert de musique amplifiée, sortie en boîte, fréquentation d’usine à niveau sonore élevé : la pression sonore peut alors renforcer les altérations produisant l’acouphène persistant.
Limiter le stress consiste d’abord à ne pas trop forcer dans la vie quotidienne pendant quelques jours en ne s’attaquant pas à de nouvelles entreprises, en se créant des instants de décontraction et de repos, en prenant le temps de manger et boire correctement, sans excès ni précipitation, en prenant un soin attentif de son corps et de sa santé, mais sans acharnement. Si possible, il faut retarder les conflits, les déménagements, les choses difficiles ou pénibles, et quand on ne peut pas l’éviter, le moment est venu d’apprendre ou de réapprendre à se détendre : relaxation, yoga, sophrologie, Qi qong, méditation …
Limiter le stress c’est aussi se méfier : des messages alarmistes fourmillent sur les sites. Seuls ceux qui n’ont pas trouvé de solution lancent des cris d’alarme à la hauteur de leur détresse. Pourtant des solutions existent qu’ils ne connaissent pas ou ils les utilisent de manière inadéquate ou les solutions qu’ils connaissent ne leurs sont pas adaptées.
Et si on a une hyperacousie … ?
Mêmes conseils que pour l’acouphène seul, en insistant sur l’utilité encore plus grande de maintenir un niveau sonore environnant au lieu de fuir tout bruit comme on a naturellement tendance à le faire. Puis on fuit le bruit plus il devient gênant : ce comportement est contre-productif à terme.
OK … Et après il se passe quoi ?
Le destin naturel de l’acouphène est de disparaître ou de devenir parfaitement tolérable. Si ce n’était pas le cas, cela signifierait qu’il y eu un facteur de maintien : la persistance de la perception de l’acouphène sur un mode agressif peut être le témoin d’un état de stress préalable ou induit par le symptôme.
Si l’insomnie et l’anxiété deviennent envahissantes, la prescription de médicaments devient justifiée sur une courte période.
Tout peut rapidement rentrer dans l’ordre.
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