MARIE-ROSE OLIVIER (CD de Relaxation)
Bonjour ,
tout d'abord merci pour tout le travail que vous faites pour soulager les gens comme moi! Oui j'ai bien reçu le CD.Le colis était en parfait.
Quant au CD lui-même, je ne peux que vous dire merci! Je l'écoute, j'ai lu les explications qui étaient jointes,et pour l'heure, j'arrive à mieux me relaxer.
J'avais commandé ce CD car je souffre d'acouphènes et je ne savais plus vers qui me tourner lorsqu'une amie m'a donné l'article de Paris Match sur le Docteur Philippe Peignard. Et comme je suis curieuse, j'ai tapoté sur Internet et je vous ai trouvé!!!!
Je l'écoute avec un casque , et j'espère de tout mon coeur que le temps passant, il m'aidera à vivre toujours mieux avec mes acouphènes.
Avec tous mes remerciements.
SAM
Il n'y a rien à faire, je ne suis pas un littéraire mais même si je ne vous ai toujours pas apporté mon témoignage, je pense à vous et je parle de vous réguliérement;
Le 10 mai j'ai fêté mes 54 ans... et je me sens heureux;...
.. le bonheur même si ... bien sûr .. il est toujours la.. mais ce n'est pas grave.
Et pourtant je me remémore facilement la détresse passée.
Dépression.. acouphéne.. un duo infernal qui crée une spirale vous entrainant de plus en plus profond.
Merci encore de vos mots, de votre empathie..
Quels mots, quelles attitudes, quelles paroles ont put briser la spirale infernale?
Je ne sais écrire mais j'aimerai beaucoup écrire une sorte de conversation avec mon thérapeute. Comment ressaisir dans l'évocation des instants passés ensemble ce qui fait passer de la mort à la vie...
MARIE
Je suis depuis 2004 acouphénique et hyperacousique. Ingénieur du son depuis bien plus longtemps . J'ai consulté le Dr Londero au service ORL de l'hôpital G.Pompidou à Paris et j'ai suivi une TTC avec le Dr Peignard . Cela explique ma présence sur ce site mais c'est en toute impartialité que je témoigne. En tout cas, je vais relater les choses comme je les ai ressenties et vécues.
Je n'ai aucune prétention, surtout pas celle de donner des recettes , ni généraliser mon expérience . Nous sommes tous des cas différents, avec des degrés de gravité différents et ce qui s'est appliqué à moi n'est peut-être pas valable pour tout le monde. Mon témoignage n'engage que mon histoire personnelle mais si certains y trouvent de l'espoir ou des sujets de réflexions, c'est tant mieux...
A l'heure où j'écris : Je me considère heureuse, je vis tout-à-fait normalement avec des préoccupations quotidiennes de" Madame Tout-le-monde" . Et même si je me serais bien passée de toute cette histoire, une chose importante : elle m'a fait grandir par rapport à mes choix de vie . Je m'écoute plus , c'est le cas de le dire. J'y reviendrai plus loin.
Ce que j'ai vécu comme un véritable traumatisme à l'époque, je le considère aujourd'hui comme un accident de parcours qui m'a affublée depuis de quelque signes distinctifs -certes pas forcément très rigolos - mais a par ailleurs modifié positivement mon parcours :
-1) Mes acouphènes : Ils sont là , forts ou pas, ça dépend des jours. L'important, c'est que je les entends beaucoup moins souvent qu'avant et qu'ils ne m' handicapent plus . Je passe des journées entières sans les entendre et sans gêne.
Ils constituent mon baromètre d'humeur et de fatigue, mon signal d'alarme . A certains moments , je constate qu'ils sont là, simplement, sans que cela provoque chez moi le déferlement de sensations paralysantes et d'angoisses que vous connaissez tous. Je ne cogite plus comme avant en me demandant le pourquoi du comment, et toute activité quotidienne me permet de les évacuer rapidement de mon esprit. Et s'il arrive que je les perçoive parfois plus forts que d'habitude, c'est généralement le signe que je traverse une période un peu plus stressante. Je sais que d'ici quelques jours , ils diminueront au point de les oublier parfois pendant plusieurs jours d'affilée. Je peux aller me coucher avec plaisir en prenant un bon bouquin , sans angoisse, ça aurait été impensable il y a 5 ans. Je n'ai d'ailleurs presque plus de problèmes de sommeil , pas plus que X ou Y, et si j'en ai , c'est à cause de mon travail ou d'autres préoccupations, pas des acouphènes.
-2) une légère phobie, ou plutôt une vigilance accrue aux risques auditifs, vestiges de mon hyperacousie passée: comme une "vieille entorse de l'oreille" qui se rappellerait à mon bon souvenir en cas de sollicitation très forte . Un homme averti en vaut deux. Moi, j'en vaut quatre ! mes enfants me le reprochent parfois. Bref, je suis sûrement plus vigilante que la plupart de mes concitoyens. Mais au même titre que mes anciennes entorses du genou, du poignet et de la cheville , consécutives à des chutes en snowboard , qui vont me titiller si je force un peu trop et qui vont me rappeler qu'aujourd'hui, faire un jump ou viser les sapins ne serait pas très raisonnable.
Je mets donc des bouchons avec filtres atténuateurs dans les concerts rocks et autres manifestations bruyantes mais n'est-ce pas de toute façon raisonnable ? Mes oreilles sont mon outil de travail : je suis ingénieur du son donc du son, j'en reçois déjà pas mal. Une question de bon sens.
J'en arrive donc à ce qui pourrait être le plus problématique dans mon histoire : comment concilier mon métier et mon hyperacousie ? C'est bien connu, les hyperacousiques n'aiment pas le bruit . Ma conclusion personnelle, qui a mis du temps à s'imposer mais qui est maintenant une évidence à mes yeux, c'est : OK pour continuer mais surtout pas de manière intensive.
à savoir
-1 ) adapter mes méthodes de travail pour éviter les sollicitations inutiles
-2) freiner mon rythme de travail en m'accordant de vraies périodes de repos et en respectant des durées d'exposition pas trop longues. Certes, j'ai perdu des contrats et je trie les propositions, ce qui est loin d'être évident pour une intermittente du spectacle (j'ai du faire des choix déchirants) mais ça m'a permis de trouver du temps pour diversifier mon activité et au bout du compte, je suis gagnante: je souffre moins d'une pratique professionnelle intensive dans des conditions souvent stressantes, j'ai découvert d'autres activités qui me passionnent et j'ai réduit le problème de l'exposition excessive au bruit. Ne nous cachons pas la vérité : Beaucoup d' ingés sons se plaignent au bout de nombreuses années de pratique de problèmes d'acouphènes . Certains en souffrent, d'autres ne sont pas forcément gênés. Petite digression si d'autres ingés sons lisent ce message: Il faudrait d'ailleurs envisager l'idée de solliciter la médecine du travail pour obtenir une reconnaissance et une vraie prise en charge de ces pathologies dans nos métiers, je ne crois pas que ce soit encore fait.
Avant de reprendre le fil de mon histoire, je voudrais juste préciser deux choses:
- Je témoigne avec plaisir mais j'ai appris à être très méfiante envers les échanges sur forum internet qui ne remplacent jamais un dialogue plus "humain" de visu, nécessaire à mon avis quand on est comme vous et comme je l'ai été, en vraie situation de détresse et d'incompréhension.
Je ne connais que trop l'impact négatif et anxiogène que peut avoir à un moment de fragilité extrême la lecture de certains messages de personnes désespérées , comme ça a été le cas pour moi au moment de mon traumatisme en 2004. Je vous conseillerais donc de relativiser ce qui est dit sur la toile et même ailleurs, de ne pas tout prendre au pied de la lettre.Il n'y a pas 2 cas pareils et concernant les acouphènes , les idées reçues sont légion, même auprès de certains médecins !
- Pour aller mieux, il a fallu que je COMPRENNE ce qui m' arrivait. J'ai moi-même fait les frais de multiples consultations avant de trouver les bons interlocuteurs sur un sujet encore trop méconnu de beaucoup . Obtenir les bonnes explications et bons conseils , c'est déjà un pas vers la guérison.
Mais comprendre ne veut pas dire : essayer systématiquement de chercher des rapports de cause à effet entre les actions quotidiennes et le ressenti de l'acouphène. Plus on cherche, moins on trouve car : Plus on cherche, plus on stresse, plus on l'entend ! Le phénomène est vicieux ... Idem avec l'hyperacousie, plus on se crispe et on analyse, plus ça fait mal. Pour moi, comprendre, ça a été d'intégrer les mécanismes , les intéractions physiques et psychologiques en jeu dans ces dysfonctionnements de l' oreille sans rien omettre.
Et puis, j'ai dû être patiente....Au début, je me suis escrimée pendant quelques mois à croire qu'en essayant de trouver la véritable cause de mon acouphène pour soigner celle-ci, j'allais provoquer la réversibilité du second. Au passage, je cherchais à associer mes crises d' acouphène et d' hyperacousie à des évènements précis et gravais donc ceux-ci comme véritables traumatismes dans ma mémoire. L'horizon s'est finalement éclairci au fil des expériences et événements quand j'ai commencé à intégrer l'acouphène, plutôt que de chercher à le fuir . L' évolution a été alors exponentielle, car je me suis de plus en plus désensibilisée de l'acouphène. Il n'était plus " l' alien " mais un de mes traits distinctifs comme mes cicatrices ou entorses. Je reconnais, certaines notions ou certains constats sont plus évidents à comprendre avec du recul et du temps .
Retour sur mon parcours :
Sept 2004 : Une simple extraction de ma dent de sagesse se solde par une hyperacousie et des acouphènes.
Je perds une dent, je gagne alors beaucoup d'emmerdements :
- drame personnel et professionnel : Je perds 1) ma santé. je me vois( ou plutôt m'entends ) "foutue à vie".
2) mon instrument de travail . Mon avenir professionnel est totalement remis en cause. Je ne peux pas évoquer le problème dans mon entourage professionnel car sinon, je me grille. J'ai d'autre part des contrats à honorer dans les semaines à venir...angoisse et incompréhension totale. Plus aucun repère sonore.
J'ai 3 enfants en bas âge à charge, donc il faut assurer en permanence. Je fais des nuits d' insomnie à répétition et suis désespérée, paniquée. Même si mon mari est compréhensif, je me sens très seule et perdue car qui peut comprendre ce qui m'arrive ?... J'ai l'impression pour la première fois de perdre pied alors que je suis plutôt du genre dynamique à tout assurer... peut-être trop d'ailleurs, ce n'est pas anodin et je le comprendrai plus tard.
Bref, tous les ingrédients sont là : Surmenage professionnel et familial, fatigue, stress, exigence de performance permanente, sollicitation sonore quotidienne. Il ne manquait plus qu'un problème d'occlusion dentaire ( surélévation de la mâchoire provoquée par l'extraction de ma dent ) pour faire exploser le tout . BOUM - Alerte rouge !
-Après avoir consulté plusieurs médecins à l'automne 2004, consultations qui se soldaient par:
- des traitements ( fer, vasodilatateurs...) qui n'ont rien donné dans mon cas.
- des: " Mais madame,il faut vous détendre..."
-" Ah, vous êtes ingénieur du son! ...c'est pas la peine d'aller chercher plus loin. Arrêtez tout de suite " Pourtant, je n'avais pas été en studio dans les semaines précédentes.
-" Hyperacousie ? et bien, vous avez forcément eu un traumatisme auditif " , avec déni total de mon histoire de dent.
Je ressortais de là perdue, culpabilisée " je m'étais flinguée les oreilles ", sans aucune aide ou accompagnement psychologique. Sans que l'on m'explique comment ne plus avoir mal pour l'hyperacousie et comment me changer les idées pour les acouphènes. Totale incompréhension.
Parallèlement à ça, je fouillais du côté des problèmes d'occlusions dentaires.
J'estime avoir vraiment commencé mon processus de guérison en consultant d'abord le Dr Londero puis en suivant la TTC avec le Dr Peignard . Ce sont eux qui m'ont fait comprendre .
J'ai essayé de mettre toutes les chances de mon côté, en me raccrochant à leurs explications :
-1) J'ai fait des audioscans tous les ans, plus au début, ce qui m'a rassuré sur l'état de mes oreilles. J'avais une audition normale pour mon âge, certes plus mes oreilles de bébé, quelques cellules ciliées qui n'étaient plus au garde-à-vous mais rien de grave, rien qui empêche la pratique de mon métier.
Ces examens ont permis 2 constats :
- que d'une année sur l'autre, en gros ça ne bougeait pas . Donc que tout ce que j'avais perçu comme étant des expériences traumatisantes pendant l'année avec mon hyperacousie ne l'avait finalement pas été (traumatisant) pour mes oreilles.
- que mon audition pouvait fluctuer un peu sans raison "apparente" ( elle était un peu meilleure au 3ème examen qu'au moment du traumatisme) et qu'il fallait donc relativiser les résultats d'un examen à un instant T, ou des sensations auditives d'un instant T.
- 2) j'ai compris que l'hyperacousie n'était pas une "détérioration physique irréversible de l'oreille" mais qu'elle était le résultat d'une "surréactivité" de mon système nerveux face à une modification soudaine de mon oreille (de sa géographie dans mon cas), pas forcément signe d'une détérioration grave en soi.
Jusque là, si mon instinct me dictait de tant me protéger du bruit , c'est que ça me faisait vraiment mal physiquement et que j'avais vraiment la trouille de me " flinguer complêtement les oreilles ".C'est ça qui me faisait perdre les pédales et toute notion objective de la mesure du son. Au passage, je haïssais la personne ( moi parfois )qui avait déclenché le bruit intempestif que je recevais comme un véritable uppercut . Le fait de comprendre enfin que la principale douleur ressentie n'était en fait qu'une douleur de" tension musculaire liée à cette hypersensibilité provisoire", c'était déjà la moitié du chemin fait.
L'idée de tension musculaire faisait écho dans ma tête: depuis toute petite, je grince des dents. Avant 2004, je me suis souvent réveillée avec des douleurs dans la mâchoire gauche. Je pouvais donc imaginer aisément que tout ça n'était pas complètement sans rapport.
Un constat dans ma tête: je devais rééduquer mon cerveau , l'hyperacousie était donc peut-être réversible. J'allais tout mettre en oeuvre pour y arriver.
- 3) Par un traitement d'orthodontie, J'ai rééquilibré mon occlusion dentaire. Je ne grince plus des dents la nuit, mes dents ne se déchaussent plus comme avant par endroit . Ca ne change évidemment rien pour l'acouphène mais peut-être évite une souffrance, des tensions supplémentaires du côté des mâchoires ? Ce n'est qu'une supposition...
- 4) J'ai intégré le fait que "se distraire pour oublier l'acouphène" ne pouvait pas être une démarche consciente de mon cerveau ( tant que l'acouphène représentera un danger, le cerveau se focalisera dessus), mais qu'il fallait contourner le problème:
Eviter au maximum le silence absolu pour que naturellement mon cerveau ne soit plus en permanence à l'affut et diminuer ainsi petit-à-petit la charge émotionnelle négative de l'acouphène. J'étais bien placée pour me fabriquer des petites bandes d'ambiances adaptées à mon profil que je diversifiais régulièrement pour plus de détente et que j'écoutais le soir, la nuit pour masquer légèrement l'acouphène. Je les utilise encore par moment , les soirs de stress ou fatigue. Bruit blanc, bruit rose ou autres sons d'ambiance, à chacun à mon avis de trouver ce qui lui convient et le soulage. Si des études ont été faites, les médecins en parleront mieux que moi. J'ai ainsi compris que je pouvais limiter les situations critiques où me retrouver confrontée à mon acouphène me provoquait sueurs froides, angoisses et sensations d'oppression et de panique. J'évitais au début de cogiter le matin au réveil en me levant très rapidement. Maintenant, je peux refaire des grasses matinées.
- 5) Pour éviter trop de stress, de fatigue et prendre le temps de comprendre, j'ai freiné mon rythme de travail, mais sans l'arrêter complètement car sinon, je sombrais : plus de travail, je m'excluais du circuit .
Les premières séances ont été terribles, j'allais à l'échafaud. J'étais partagé entre une peur extrême d'aggraver ma situation car en tant qu' hyperacousique, toute séance était douloureuse et un jugement plus rationnel : je pratiquais depuis 20 ans et jusque là, étant donné l'état de mes oreilles, je n'avais objectivement pas pris de risque. Je me raccrochais à cette idée.
Au début, des pleurs de bébé ou le moindre larsen et c'était un véritable supplice pendant 2 jours : décharges électriques suivies de douleurs puis sensations de lourdeurs dans la zone de l'oreille très désagréables...Le tout accompagné de dysfonctionnements fréquents du type : oreilles qui se bouchent et se débouchent en permanence, bruits de mastication, arrivée subite d'une fréquence très forte à gauche ou droite et qui dégonfle au bout de quelques secondes.
Bref, autant de signes supplémentaires qui prouvaient qu'après mon traumatisme , il y avait bien dans le couple - mon oreille/mon cerveau - de l'eau dans le gaz et des problèmes de communication.
Donc, c'était dure mais j'ai , en espaçant les séances, toujours continué à me confronter au son . Ce qui a sûrement constitué une rééducation un peu sauvage, je l'avoue, car sans repère objectif et donc très difficile à vivre par moment . C'est là que j'aurais eu besoin de quelqu'un, un petit ange gardien à côté de moi en permanence avec un sonomètre pour me rassurer, pour me dire : "pas de souci, là, ce bruit-là ou ce son-là ne dépasse pas tant de Db, tu ne crains rien".
Cet ange gardien, je ne l'avais pas. J'oscillais donc entre des hauts et des bas :
En modérant ma pratique , ce qui me donnait des bouffées d'oxygène , je constatais qu'après des crises, il y avait des après-crises où tout revenait à peu près dans l'ordre, côté hyperacousie.
Ca a finalement payé sur le long terme. En tant qu' ingé son, j'étais de toute façon obligée de me confronter au problème, pas de le fuir. Les douleurs s'estompaient au fur et à mesure quand je constatais que plus je me détendais et me concentrais sur autre chose que mon hyperacousie, mieux j'encaissais, sans douleur. Evidemment, il était hors de question de prendre des risques inconsidérés mais ça confirmait que j'étais dans la bonne direction et que le facteur psychologique (crispations ou non pendant les séances ou les situations d'exposition soutenue) était énorme. Ponctuellement et dans les situations que je jugeais limites, les bouchons pouvaient m'aider à franchir le pas et à profiter de l'instant en limitant les crispations.
L'ambivalence c'était que malgré cela, je n'étais jamais à l'abri de rechutes à cause de mon métier qui de toute manière constituerait toujours un terrain à risque.
Je constatais que mes acouphènes étaient évolutifs . Le niveau changeait, le spectre, la localisation changeaient sans pouvoir attribuer ces modifications à une cause physique directe.
Ca confirmait la piste du terrain psychologique entretenant le malaise.
Bref, j'essayais de gérer. Avec les hauts et les bas, avec des progrès aussi mais ça ne suffisait pas. J'avais encore besoin d'aide pour sortir du cercle vicieux de mes préoccupations récurrentes . J'avais encore trop de questions à poser , bien plus qu'en 1 heure de consultation annuelle ORL.
C'est ce qui m'a décidé à suivre la TTC . Pas besoin de la décrire, c'est déjà sur le site mais dans mon cas, il y a eu des intérêts à différentes échelles:
1) A court terme :
- Celui de pouvoir poser toutes les questions possibles et inimaginables relatives aux expériences que je vivais chaque semaine entre les séances et tirer des explications correspondantes un certain soulagement et un sujet de réflexion sur la conduite à suivre en pareil cas.
- La thérapie de groupe : Désolée pour les autres, mais c'est tellement rassurant de se rendre compte que l'on est pas tout seul à souffrir des mêmes symptômes. Ecouter les histoires des autres et échanger, c'est aussi avoir plus de recul sur la sienne. C'est convivial et c'est donc ce dont on a besoin quand on se sent très seul avec son problème.
2) A moyen terme :
- En appliquant les techniques de relaxation et de respiration. Ca m'a demandé un long entraînement. De par ma vie surmenée, j'étais jusque là bien incapable de me détendre par une simple séance de relaxation. Ca a donc pris du temps mais j'ai finalement constaté que petit à petit, j'y arrivais et qu'elles m'étaient utiles notamment pour palier les insomnies, situations pré ou post-stressantes et atténuer ainsi les fameuses tensions musculaires.
3) A long terme :
- L'aspect cognitif : Même si j'ai eu du mal à saisir ( comme tout malade à vif ) au début son interaction directe avec mes acouphènes et en quoi fouiller le sujet allait me soulager, j'en ai finalement compris les bénéfices avec le temps . En tout cas, je me suis tout de suite prêtée au jeu car j'estimais qu' acouphènes ou pas, prendre le temps de faire une introspection sur soi ne serait pas inutile, les 15 dernières années ayant constitué un tourbillon dans lequel je me sentais avalée, prisonnière de responsabilités et d'aspirations qui ne me ressemblaient plus. Hypervigilance permanente, m'a dit le Dr Peignard. Je confirme.
- J'en ai donc profité pour faire un peu de ménage dans toutes mes préoccupations quotidiennes en ciblant beaucoup mieux mes priorités, mes besoins, mes envies et en essayant d'évacuer au maximum les problématiques récurrentes dans lesquelles je m'étais enfermé et qui provoquaient chez moi un seuil de stress permanent. Du même coup .
J'y ai gagné :
-du temps pour la vie, la Vraie. Les choses importantes.Je m'écoute et donc, je n'ai plus les nerfs à fleur de peau comme avant.
- le fait d'arrêter d' emmagasiner dans ma mémoire tous les événements traumatisants . J'ai gagné la capacité de "laisser glisser", d'être plus imperméables aux aléas.
-Le fait qu'avec le temps, mes acouphènes sont passés de la première marche du podium au fond du classement sur l'échelle de mes préoccupations. J'ai trouvé des sujets bien plus intéressants à traiter. Mes acouphènes sont maintenant là mais digérés au point de disparaître parfois , noyés dans le bruit de fond de mon oreille.
A partir du moment où ce processus s'est enclenché, j'ai pu constater que mes oreilles d'elles même se remettaient à fonctionner normalement. Disparitions des désagréments annexes que j'évoquais plus haut (oreilles bouchées, fréquences soudaines...). Je ressentais une meilleure résistance à la fatigue auditive.
Le moteur était reparti.
Tout ça ne m'empêche pas de rester lucide:
-Il y a eu un traumatisme. Je ne peux pas le nier et j'en ai des séquelles: il y a toujours des risques de rechutes , je le sais, j'en ai eues, mais avec l'expérience, je commence à les anticiper pour les atténuer ou les éviter. Je suis plus attentive à mon état général .
- J'accepte l'idée du risque . (J'enfonce le clou en précisant: sans prendre évidemment de risques inconsidérés )
Dans la vie de tous les jours personne n'est à l'abri d'une sollicitation forte inattendue. Ca n'empêche qu' il ne faut pas se surprotéger, au risque d'obtenir l'effet contraire et d'aggraver l'hyperacousie. Comme pour une entorse, un muscle, ça se rééduque, il faut le faire travailler.
Je pourrais utiliser l'image suivante: Si vous devez courir un 100m et être performant, vous devrez vous entraîner régulièrement et progressivement, mais sans forcer au risque de provoquer un claquage. Vous serez d'autant plus performant que vos muscles seront détendus.
Et puis de toute façon, la vie est un risque. Et prendre des risques , c'est aussi se sentir vivant, même s'il y a des impondérables.
-Dans mon cas d'ingénieur du son hyperacousique: Oui, il faut continuer à travailler car le travail me divertit , me détourne comme toute autre activité de l'acouphène et me garantit aussi un équilibre. Oui, il faut continuer à travailler car j'adore manipuler les sons et je continue à éprouver un réel plaisir créatif dans de multiples situations professionnelles quand celles-ci restent gérables (Pas quand on me demande de travailler 12h par jour ou 6 ou 7 jours par semaine comme c'est trop souvent le cas). Mais avec du recul , 5 ans depuis mon traumatisme, je tiens à souligner l’importance qu'a eu pour moi le réaménagement de mon rythme de travail plus espacé au profit d'autre chose pour toutes les raisons évoquées précédemment. Une pratique intensive n'est plus envisageable car potentiellement susceptible de réactiver mon hyperacousie et donc de changer de nouveau le plaisir en angoisse. Et ceci même si je n'ai pour l'instant pas lieu de m'inquiéter au regard de mes audioscans. Je serais intéressée d'avoir d'autres avis sur la question si des ingés son croisent ce forum. Je sais que c'est un vrai dilemme.
J'en profite pour rajouter des commentaires personnels à ce que j'ai pu lire sur le forum:
Concernant les mises en garde de certains à l'encontre des conseils prodigués par Sylvain ou par les médecins ORL, à savoir "oser se confronter au son pour guérir son hyperacousie": Il faut le faire, c'est sûr, mais progressivement et raisonnablement. Il ne s'agit pas de sauter dans le grand bain sans bouée et sans savoir nager.
Je suis arrivée à ma propre conclusion qui , je le reconnais, diffère sur le long terme des premiers conseils que j'ai reçus . Je comprends qu'il y ait des interprétations différentes et l'explique comme ça : un audioscan , examen médical analytique , ne présentant pas de dégradation particulière des oreilles et donc pas de contre-indication à la pratique à plein temps d'un métier du son ne sera jamais le reflet du vécu et du quotidien en studio d'un ingénieur du son hyperacousique ou anciennement hyperacousique ( problématiques évoquées plus haut). Et si il y a eu des malentendus jusqu'à maintenant entre le corps médical et des patients issus des métiers du son, à la décharge des médecins, ils ne demandent qu'à mieux connaître notre point de vue. L'exploration dans le domaine des acouphènes et de l'hyperacousie étant relativement récente, nos témoignages pourront sûrement faire évoluer leur discours. Ils nous sollicitent, j'en suis témoin, ce n'est pas pour rien . Je pense qu'on aurait tous à y gagner que ça se fasse de manière constructive et non en se tirant dans les pattes, même si tout le monde est conscient des histoires très douloureuses que certains vivent .
Ce forum a déjà le mérite d'exister .Si on veut qu'il ne ressemble pas à ceux que j'ai tant fuit en 2004 mais qu'il constitue une base d'information et une aide pour des nouveaux acouphéniques et hyperacousiques, respectons-le.
Quant à la question simplifiée qui partage (Je ne parle pas des douleurs acouphéniques évoquées dans le forum que je ne connais pas) :
" est-ce l'angoisse qui crée l'acouphène ou l'acouphène qui crée l'angoisse ? ", je serais tentée de dire qu'elle ressemble à celle de l'oeuf et de la poule : qui est arrivé le premier ?
J'étais moi-même très perplexe quand on me disait au début que j'étais plutôt une angoissée alors que j'étais intimement persuadée que c'était mon acouphène qui me stressait. Finalement, je pense que tout le monde a un peu raison dans l'histoire. Dans mon cas l'idée était que, si je ne pouvais plus revenir en amont sur ce qui avait permis à mon acouphène de s'installer, je pouvais en premier lieu travailler sur l'angoisse que provoquait ce dernier. Une fois l'angoisse atténuée, c'est la gène de l'acouphène qui a disparu. Au point même de le faire disparaître lui-même par moments. J'ai finalement agis sur les 2 tableaux car j'ai au passage commencé à résoudre le problème de ce fameux terrain anxiogène que constituait ma vie surmenée d'avant. C'est le serpent qui se mord la queue...pour la bonne cause, cette fois-ci.
En conclusion:
J'ai eu un vrai traumatisme, j'ai des acouphènes qui fluctuent, j'ai les cicatrices d'une vieille hyperacousie mais j'ai digéré ces nouvelles donnes, je vis bien, même très bien car certes, j'ai dû changer mes habitudes, mais ma vie actuelle me correspond mieux.